L’indiscipline des soldats australiens: rebelles ou individualistes?

Alice Gornall

Il est souvent dit que la discipline fait la différence entre l’armée et la foule ; néanmoins pendant la première guerre mondiale, les soldats australiens étaient bien connus pour être une armée efficace aussi bien qu’indisciplinée. Cette indiscipline des ‘diggers’ est souvent attribuée à un manque de respect de l’autorité, mais en réalité, plusieurs autres facteurs rentraient en jeu et les témoignages des soldats suggérent plutôt qu’ils critiquaient le contenu de la décision plutôt que la décision en elle-même.

Qu’est­-ce que l’indiscipline australienne?

Les soldats australiens étaient bien connus pour ignorer les règles, faire ce qu’ils voulaient et ne pas respecter l’autorité de leurs supérieurs. Par exemple, les soldats australiens partaient souvent du front sans permission ou pendant plus longtemps qu’ils n’y avaient officiellement été autorisés, et c’est ce qu’on trouve ci­-dessous, dans un témoignage d’Alan Chisholm, soldat australien, qui raconte avoir dupé un officier en feignant d’avoir l’autorisation de partir.

“The only people, probably, among the English troops, who dared to look on an officer as a potential offender, belonged to the military police. Once in Belgium after the Armistace of 1918, I went to Brussels with a high-ranking Austrlaian staff officer, acting for him as a sort of linguistic aide-de-camp. As we waited at the Brussels state for a train back, a Tommy M.P. came up and asked, politely but boldly, “Have you two gentlemen got leave passes?” “Of course”, said my red-braided companion, and even the M.P. was cowed by his look. The funny side of the episode was that we did not have passes.”

De plus, ils portaient leur uniforme de manière désordonnée, répondaient à leurs supérieurs dans un langage trop familier et ridiculisaient ouvertement les règles et les restrictions qu’ils considéraient comme superficielles dans les tranchées. Dans un témoignage, Bean parle des préoccupations des britanniques à l’arrivée des troupes australiennes dans le port de Marseilles au début 1916.

“…and the Lines of Communication staff at Marseilles, rendered nervous by rumours of Australian indiscipline, were fearful of riotous outbreaks in Marseilles while these troops were passing through.” – Bean, p69

Pourquoi ces différences?

L’armée australienne était unique à plus d’un égard. Tout d’abord, il n’y avait pas de service militaire obligatoire en Australie, tous les soldats australiens étaient des volontaires engagés à la guerre pour gagner leur vie, pour voyager, pour travailler et éviter le chômage ou les difficiles circonstances financières de l’époque ou, pour certains, pour remplir leur devoir envers la société. En plus d’être majoritairement célibataires, la plupart des soldats australiens étaient en moyenne considérablement plus jeunes que les autres soldats alliés1 et ceci a pu contribuer au développement de certains stéréotypes. Il est aussi possible que cette indiscipline ait été exagérée.

“Rank was something that amused me in the army, though sometimes it was an annoying matter. The English took rank much more seriously than we did, and when, soon after our arrival in England, I stopped an English private to ask for a street direction, he sprang to attention and gave me quite a stately answer, preceded by a British “Yes, Sergeant”. An Australian would most likely have said “Search me, sarge!””

Il est intéressant de relever que, même si la langue familière des soldats australiens était mal vue par les soldats britanniques, il semble que cela ait permis aux soldats australiens d’avoir des relations privilégiées et plus directes avec leurs supérieurs, entraînant une compréhension approfondie des stratégies qui sous­tendaient les batailles2. Dans un cas comme dans l’autre, il est probable que le stéréotype de l’indiscipline australienne ne soit pas dû à une performance inférieure.

La peine de mort

Le service militaire volontaire rend la discipline plus compliquée du fait que, premièrement, il n’est pas logique, ni juste, de condamner un homme qui a la volonté de se battre dans une guerre dans un pays lointain qui n’affecte pas l’Australie (‘in a distant land in a quarrel not particularly australian’)3. C’est pour cela que le gouvernement australien a refusé d’imposer la peine de mort à ses soldats. Dès lors, il est logique que les « diggers » aient une vision plus relâchée de la discipline. En ce qui concerne les règles dans les tranchées, les soldats étaient pourtant soumis aux mêmes lois militaires britanniques et donc leur traitement spécial augmenta les tensions entre les soldats anglais et australiens. Ces tensions étaient aussi dûes au fait qu’ils étaient mieux payés et seulement renvoyés en Australie en cas d’indiscipline grave. Ainsi, il n’est pas étonnant que ce stéréotype soit apparu: les soldats australiens étaient dans une situation totalement unique et différente.

Il est probable que ce stéréotype vienne d’une conception erronée de la discipline et de sa fonction en temps de conflit. Après tout, d’après le lieutenant général sir John Monash, l’objet des mesures disciplinaires est d’assurer une performance coordonnée des troupes dans le but de réaliser une tache particulière. Ce n’est pas une façon de parler spécifique, ni une soumission aveugle aux supérieurs, ni la suppression de l’individualité par la discipline qui détermine le succès d’une armée. Le système montre, comme l’indique Monash, que le respect du soldat en tant qu’individu est une fondation préférable à la discipline collective dans le contexte australien.

“Very much and very stupid comment has been made upon the discipline of the Australian soldier. That was because the very conception and purpose of discipline have been misunderstood. It is, after all, only

a means to an end, and that end is the power to secure co-ordinated action among a large number of individuals for the achievement of a definite purpose. It does not mean lip service, nor obsequious homage to superiors, nor servile observance of forms and customs, nor a suppression of individuality… the Australian Army is a proof that individualism is the best and not the worst foundation upon which to build up collective discipline.” – Australian Lieutenant General Sir John Monash.”

References

1 http://www.awm.gov.au/journal/j33/mcquilton/ ‘General characteristics’

2 http://www.greatwar.nl/frames/default­australians.html

3 p. 871 Bean, cité ci­dessous

 

La bibliographie

Bean, C E W. (1941). Official History of Australia in the War of 1914­1918. Volume 3, 12th Edition (1941), The Australian Imperial Force in France, 1916. Brisbane, University of Queensland Press.

John McQuilton. (2000). Enlistment for the First World War in rural Australia: the case of north­eastern Victoria, 1914­1918 . Journal of the Australian War Memorial, 33, Retrieved October 2, 2014, from http://www.awm.gov.au/journal/j33/mcquilton/

Rob Ruggenberg. (n.d.). The Aussie way of Discipline. Retrieved October 2, 2014, from http://www.greatwar.nl/frames/default­australians.html

Summing him up. ‘Aussie: The Australian Soldiers’ Magazine’, April 1918 No.4, p.3, Les Archives de l’Université de Melbourne

Chisholm, A. R. Martial Memories. (n.d.). Collection de Chisholm, Les Archives de l’Université de Melbourne.

 

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