L’identité du soldat australien sur le front occidental

Bethany Daws

Comme les soldats ont vécu dans les tranchées presque complètement coupés de leur vie normale, il est facile de comprendre qu’une culture des tranchées et une certaine identité collective soient devenues leur seul bouclier contre la réalité de la guerre. Cette identité, forgée autant par contraste avec les autres troupes alliées que par solidarité d’un vécu commun a influencé les relations des troupes entre elles, et il est vrai que certaines tensions et conflits ont existé.

Group of Australian and American soldiers, c1916

Group of Australian and American soldiers, c1916. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081 item 6/2/11/2

Discipline militaire britannique : trop rigide pour les Australiens?

Les relations avec les soldats britanniques étaient particulièrement tendues, ce qui est évident dans l’Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre, écrite par Charles Bean. Avant l’arrivée des australiens à Marseille, les autorités britanniques étaient anxieuses après avoir entendu les rapports de mauvaise conduite de certains soldats australiens (Bean, 1941, p. 69). Ils avaient la réputation d’être indisciplinés et de désobéir aux règlements imposés par les britanniques. Bean (1941, p. 59) suggère que la discipline britannique était mal adaptée aux australiens dont la société était conçue de façon plus égalitaire et moins rigidement codifiée.

Les britanniques selon Chisholm et Newton

On trouve de nombreuses traces de ces tensions dans les journaux et mémoires des soldats australiens. Alan Chisholm, homme de lettre parlant couramment le français et l’allemand, parle d’une certaine  « flexibilité» de la hiérarchie militaire australienne comparée à celle des soldats britanniques, dont il trouvait le sérieux  ennuyeux. Ses mémoires racontent un incident où, juste après être arrivé en Angleterre, il a arrêté un simple soldat britannique pour lui demander son chemin. Le soldat s’est mis au garde-à-vous, et il lui a donné une réponse formelle. Chisholm remarque de façon humoristique qu’un soldat australien  aurait plutôt dit « Search me, sarge ! ». (Chisholm, 1917-1918, p. 4).

De même, dans son journal, Wilberforce Newton, médecin sur le front occidental, décrit de façon humoristique les différents types d’officiers britanniques. Cette série de portraits montre que les sentiments les plus antibritanniques étaient principalement dirigés contre les officiers de rang supérieur. Ainsi, Newton décrit la blessante condescendance d’un officier de cavalerie, tandis qu’un autre officier d’artillerie choisit d’ignorer complètement sa présence.  (Newton, 1915, p. 20).

Un œil au beurre noir comme ultime insulte

Il semble qu’il y ait eu de bonnes relations entre les soldats australiens et les autres soldats des garnisons britanniques, comme les canadiens et les indiens (Newton, 1915, p. 20). Néanmoins,  il y avait aussi parfois des tensions. Newton décrit un incident où il se fait traiter de bagnard ou « Australian convict », et qui se termine par un œil au beurre noir pour un canadien (Newton, 1915, p. 21).

Les Tommies ou simples soldats britanniques

Les « Tommies » des rangs inferieurs étaient considérés comme des victimes de l’institution britannique et du système de classe par les australiens (Blair, 2001, p. 73). Ils étaient perçus comme des soldats de qualité inférieure, manquant de la force de caractère et du courage propres aux soldats australiens. Ce sentiment antibritannique n’était pas étendu aux écossais, qui étaient considérés comme des « de facto diggers » (Blair, 2001, p. 73).  Blair (2001, p. 89) propose que la tension avec les britanniques s’explique par la situation politique de l’Australie à l’époque : une nation naissante qui essaye de faire ses preuves et de se différencier de l’Empire britannique.

Une pratique peu ordinaire : les « gunny sacs »

Cette antipathie envers l’autorité militaire britannique était partagée par les américains, avec lesquels les australiens avaient de bonnes relations. Les soldats américains s’entendaient bien avec les australiens malgré les pratiques de certaines troupes australiennes qu’ils trouvaient répugnantes : les australiens étaient connus pour errer sur le champ de bataille avec des « gunny sacs » pour récupérer les objets de valeur après les batailles (Blair, 2001).

Le soldat allemand, un ennemi ?

Il est intéressant de noter qu’au delà de la propagande officielle, l’ennemi n’est pas toujours considéré négativement par les soldats. Les allemands ne sont pas souvent mentionnés dans les mémoires et journaux  des archives de l‘Université de Melbourne. Cependant, le journal de Ray Jones nous parle d’une rencontre avec un alter ego allemand (Ray Jones était lui aussi dans les communications) qui somme toute est assez positive. Le 10 avril 1917, il écrit « Had an interesting talk with a German signaller this morning » (Jones, 1916-1917). En fait, Seal (2013, p. 196) soutient que les soldats allemands étaient souvent considérés comme des compagnons d’infortune pendant la guerre.

 

Bibliographie

Bean, C. (1941). Official History of Australia in the War of 1914-1918, Chapter III: The Arrival in France.

Bean, C. (q941). Official History of Australia in the War of 1914–1918, Chapter II: The Story of ANZAC from 4 May, 1915, to the evacuation of the Gallipoli Peninsula (11th edition, 1941).

Blair, D. (2001). ‘Diggers’ and ‘Doughboys’: Australian and American troop interaction on the Western Front, 1918. Journal of the Australian War Memorial (35).

Blair, D. (2001). ‘Those Miserable Tommies’: Anti-British Sentiment in the Australian Imperial Force, 1915-1918. War and Society , 19 (1), 71-91.

Chisholm, A. R. (1917-1918). Martial Memories . The University of Melbourne Archives, 1979.0034

Jones, R. (1916-1917). Diary. The University of Melbourne Archives, 1981.0081

Newton, W. (1915). Personal diary. The University of Melbourne Archives, 1980.0146

Seal, G. (2013, August). ‘We’re Here Because We’re Here’: Trench Culture of the Great War. Folklore , 178-199.

 

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