Elles sont également importantes : Le rôle de soutien moral des infirmières australiennes Pendant La Première Guerre Mondiale

Isabel Pacheco

Les femmes ont dû affronter beaucoup d’obstacles qui les ont empêchées de participer à la Première Guerre Mondiale : elles n’étaient pas autorisées à s’engager dans l’armée ; en outre, les femmes médecins n’avaient pas non plus le droit de s’engager dans le corps médical militaire. Néanmoins, les femmes à travers le monde ont trouvé une manière d’aider leur pays en tant qu’infirmières. En Australie, plus de 3000 femmes ont reçu une formation médicale et militaire (Harris 2014). Ce chiffre n’inclut pas celles qui, au moment du déclenchement de la Grande Guerre, ont fait partie de la diaspora australienne. Bien que la plupart des femmes qui ont travaillé en Australie aient rejoint des organisations comme l’AANS (Australian Army Nursing Service), d’autres situées en dehors de l’Australie, se sont inscrites auprès d’organisations internationales comme la Croix-Rouge (Harris, 2013).

Leila and Constance Armytage, c1916

Leila and Constance Armytage and a man in Australian Army uniform standing on beach, c.1916. University of Melbourne Archives, Armytage family collection, 1968.0011, BWP5630

Dans les archives de l’Université de Melbourne, un peu cachés sous une myriade d’histoires, deux témoignages en lien l’un avec l’autre survivent ; celui de Leila (1875-1965) et celui de Constance (1871-1969), les sœurs Armytage qui venaient d’une famille affluente. Ces deux femmes, déjà infirmières qualifiées à cette époque-là, ont rejoint sans hésiter la Croix-Rouge au début de la guerre. Leila, en 1915, a été envoyée à l’hôpital du Havre en France, et ensuite, un an plus tard, sa sœur Constance l’y a rejointe. Là-bas, Leila, comme toutes les autres infirmières, s’occupait des soldats australiens, soignait les blessés et ceux qui étaient malades, et aidait aussi à l’entretien de l’hôpital. Sa sœur Constance était une ambulancière qui transportait des sinistrés des champs de batailles à l’hôpital où Leila travaillait.

Il reste peu de témoignages de leur expérience en Europe en tant qu’infirmières, mais ce qui reste nous donne un aperçu des vies de Leila et de Constance. Certaines lettres nous sont parvenues, toutefois, il n’existe ni lettres écrites par elles-mêmes, ni journaux intimes qui pourraient nous présenter une facette plus personnelle de leur vie d’infirmières. Bien que nous n’ayons pas de témoignages directs des sœurs Armytage, la correspondance reçue par Leila et Constance montre l’importance des infirmières pendant la guerre. Les infirmières ont offert aux soldats une amitié basée sur la stabilité et l’empathie, plus que sur des sentiments de camaraderie et d’héroïsme qu’ils trouvaient dans les tranchées. Elle apportaient une dimension humaine à un environnement complètement enveloppé par la misère et fournissaient un soutien moral important à leurs patients. Dans une lettre, un soldat parle de la mort de son père. Il est, surtout, amère envers la guerre et son manque de liberté :

“I feel his loss most keenly as we were always as two pals. It makes it hard to think that after my trying to get back before his end, that I shall now have to return without him being there to welcome and great me.” 

Il y a un sens de tristesse tangible dans cette lettre qui n’est pas censurée. Le soldat parle ouvertement avec Constance, ainsi ce rapport émotionnel entre les soldats et leurs infirmières, tel qu’on le voit dans cette lettre, a permis une certaine communication désinhibée (Butler, 2006).

En outre, les infirmières australiennes comme Leila et Constance Armytage, étaient toujours louées pour leur sacrifice, leur positivité et aussi, leur moralité. Dans les hôpitaux bondés en France, encerclées sans cesse par des personnes qui avaient besoin d’aide, les infirmières travaillaient diligemment, remontant le moral des soldats (Harris, 2014). Dans une lettre, un soldat qui à ce moment-là était revenu en Australie, exprime sa gratitude envers les sœurs Armytage:

“I shall never forget the kindness of the sisters and yourself while I was in that hospital…” 

Elles étaient l’antithèse de la guerre ; elles symbolisaient l’ordre, et elles incarnaient l’affection en comparaison à la violence que les hommes subissaient.

Les infirmières australiennes ont aussi contribué à la construction identitaire du pays. Plutôt qu’être « larrikin » et assez indisciplinées comme leurs homologues masculins, l’attitude travailleuse des infirmières est ce qui les rendait australiennes. Un soldat, sans connaître les noms des sœurs Armytage, leur a écrit :

“One could see ‘Aussie’ in your smile…” 

Dans un extrait du magazine « The Digger », l’image de l’infirmière altruiste, incarnée par Leila et Constance, est mentionnée et applaudie :

“I have read of the good work they have been doing and though I am timid at mentioning names, I feel that in mentioning Mrs Fitzpatrick and her sister, whose labours have been multitudinous, I am not detracting from the humble and unselfish work of our Australian Ladies”. 

Cette phrase souligne un élément de patriotisme et l’orgueil d’être australienne : l’héroïsme ne se trouve pas seulement sur le champs de batailles, les infirmières l’ont atteint aussi, malgré les conditions traumatisantes dans lesquelles elles travaillaient.

Les sœurs Leila et Constance Armytage, deux exemples de la puissance féminine dans le contexte de la Première Guerre Mondiale, illustrent un aspect fondamental de « l’esprit australien ». Notre mémoire collective de la Première Guerre Mondiale est une mémoire qui aujourd’hui fait partie de notre identité australienne. Ainsi nous connaissons bien les atrocités de la guerre, mais en ce qui concerne le rôle des femmes pendant cette période-là, nous commençons tout juste à nous rendre compte de la véritable importance des infirmières.

 

LES ARCHIVES

University of Melbourne Archives, The Armytage Family Collection, 1968.0011 BWP5630, Group portrait of two women [likely to be Leila and Constance Armytage] and a man in Australian Army uniform standing on beach, c.1916

University of Melbourne Archives, The Armytage Family Collection, 1968.0011 Box 8, Letter written to Mrs Fitzpatrick, 25th April 1919.

University of Melbourne Archives, The Armytage Family Collection, 1968.0011 Box 8, Letter written to Mrs Fitzpatrick, 2nd July 1918.

University of Melbourne Archives, The Armytage Family Collection, 1968.0011 Box 8, Letter written to Armytage sisters, 1918.

University of Melbourne Archives, The Armytage Family Collection, 1968.0011 Box 8 Extract from “The Digger”, published 11th August 1918.

 

LA BIBLIOGRAPHIE 

Butler, J. (2006). Journey into war: a woman’s diary. Australian History Studies, 37(127), 203-217.

Harris, K. (2014). New horizons: Australian nurses at work in World War 1. Endeavour, 38(2), 111-121.

Harris, K. (2013). Girls in grey: Surveying Australian military nurses in World War 1. History Compass, 11(1), 14-23.

Comments are closed.

Want to get in touch?

For more information about the website or the collections, contact the University of Melbourne Archives at archives@archives.unimelb.edu.au or via the web form.

Contact us