Douce Nuit: Noël Pendant la Guerre

Nerida Woodhams-Bertozzi and Anna-Claire Blogg

Somewhere in France

Somewhere in France. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081

De nombreux soldats ont écrit un journal pendant la première guerre mondiale. Pour eux, l’écriture apportait une certaine régularité à leurs journées incroyablement chaotiques et en outre, c’était une des rares activités qu’ils pouvaient contrôler. L’écriture est une bonne thérapie ; nous savons que les soldats ont écrit des journaux pendant les diverses guerres de l’histoire. Par exemple, les soldats alliés en Afghanistan et en Irak écrivent encore des journaux (bien que nous appelions cela un blog); il y a une abondance de ces blogs sur internet au sujet de la vie quotidienne des soldats, de leurs pensées et de leurs émotions.

Lettres et journal de Ray Jones: euphémisme et non-dit

Ray Jones

Ray Jones, c1916. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection 1981.0081, NN/2224

Ray Jones était un soldat australien qui a écrit pendant la première guerre mondiale. Basé en France pour la majorité de 1916-1917, il était signaleur, responsable des communications entre les troupes et les commandants et utilisait pour communiquer des drapeaux et le code morse. Les signaleurs étaient placés dans les tranchées et n’avaient pas une position d’autorité; ils étaient sous les ordres des officiers et commandants, avec les autres soldats. Jones avait 25 ans quand il s’est engagé dans la guerre en 1915; il est rentré dans le New South Wales en Australie en 1919.

Bien que Jones ne révèle pas l’étendue réelle de l’horreur de son expérience, une exploration de son journal et de ses lettres nous permet de mieux comprendre ses pensées et émotions que l’on trouve disséminées de façon plus ou moins implicite dans ses écrits. En effet, à travers ses écrits, on peut se faire une idée des conditions épouvantables, « the dreary waste of muddy country, pitted everywhere with shell holes… » (Lettre #117), du front occidental.

Privés et personnels, les journaux de Jones sont les meilleurs documents pour examiner ses émotions et pensées – il écrivait seulement pour lui-même. Dans la majorité de ses lettres, Jones écrit avec une claire connaissance de son public (c’est-à-dire ses parents, des contacts en Australie) – son ton est toujours euphémique et il ne décrit pas trop les horreurs de la guerre ou ses idées noires. Peut-être pensait-il que ses parents ne voulaient pas connaître les conditions et les maladies horribles de la guerre; ou peut-être ne voulait-il pas perturber sa famille, en particulier ses sœurs qui étaient encore à l’école. Cela est évident dans le Noël passé sur « the firing line », autrement dit la ligne de tir (Lettre #69) quand il écrit à ses parents qu’il va bien et « keeping well », (Lettre #69), bien qu’il admette dans son journal qu’en fait, à cause de la continuelle corvée des tranchées, il a le moral plutôt bas.

Noël 1916

Le Noël de 1916 était un moment de réflexion pour Jones, et il remarque  «the irony of fate» (25/12/1916). Avec un ton de misère, il compare un Noël typique, un moment de «peace and goodwill» pour le monde occidental, et sa situation terrible: il était «absolutely miserable» dans les tranchées glacées et boueuses de cette guerre horrible. La note du 25 décembre dans son journal est différente de la majorité des autres notes à cause de l’émotion de l’écrivain: Jones écrit avec un ton amer quand il a décrit son repas de Noël, le pain qui est «mud sodden» et la nuit qui est «bitterly cold and long »; les autres notes ne contiennent pas autant d’émotions. D’ordinaire, Jones écrit avec des phrases très brèves et impersonnelles; peut-être une façon de ne pas s’associer à la guerre. Pourtant dans la note de 1916, il écrit à la première personne, et il dit «here I am», ce qui suggère qu’il a pris conscience de la réalité de sa situation.

Grand Christmas Pantomime

Grand Christmas Pantomime, France 1917. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081 box 7 item 5/3/5

Noël 1917

Mais il y a « quite a difference » (lettre #116), c’est-à-dire une différence marquée, entre le Noël de 1916 et celui de 1917 de Ray Jones. La différence est en grande partie liée à son changement d’affectation. Si son premier Noël avait été passé dans le «wet » et «muddy » (lettre #69), la misère des tranchées, il a été transféré à l’arrière en juillet 1917, dans une base australienne où il a passé le reste de la guerre, à cause d’une maladie de l’oreille.

Ainsi, cinq mois avant Noël 1917 il n’était plus dans les tranchées cauchemardesques et avait beaucoup plus de temps pour écrire des lettres à sa famille. C’est peut-être pour cette raison que Jones était plus optimiste que lors du Noël précédent, et en conséquence les choses pour lui, étaient « …ever so much brighter… » (Lettre #117). Le ton se fait aussi plus optimiste dans ses journaux, «much warmer, thawing» (25/12/1917), et bien qu’il se réfère au temps, il semble que cette phrase symbolise aussi la santé de Jones.

Pour le lecteur, le Noël de Jones est une période fascinante, surtout parce qu’on voit le rôle central de la mémoire en temps de guerre. Pour lui, Noël était une période durant laquelle « …memories crowd most thickly on one’s mind… ». (Lettre #117). Les reminiscences de sa vie en Australie dans la lettre de 1916, lui donnent un point de connexion avec sa patrie alors qu’il vit le cauchemar des tranchées. Le réconfort que ses souvenirs lui apportent peut être vu comme une façon d’échapper à sa vie immédiate et à la «…brutal reality of industrial warfare… » (Pedersen, 2007). Noël était naturellement la période où il ressentait le plus l’absence de sa famille et de ses amis, des sentiments que l’on retrouve en 1916 tout comme en 1917.

Typescript of Ray Jones letter to parents, 28 December 1916. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081, letter 69

Bibliographie

Chemins de la Mémoire, 2003. L’Australie et la Nouvelle Zélande dans la Grande Guerre

Department of Veterans’ Affairs, 2010. Signallers at Anzac

Pedersen, P, 2007. The Anzacs : Gallipoli to the Western Front. 2nd ed. Australia : Penguin.

Tags: , , ,

This entry was posted by dev-admin on at and is filed under Daily Life. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.

Want to get in touch?

For more information about the website or the collections, contact the University of Melbourne Archives at archives@archives.unimelb.edu.au or via the web form.

Contact us