Des expériences émotionnelles des femmes pendant la Première Guerre Mondiale

Natalie Tizi

Letters from Frederick to Muriel

Examples of correspondence between the Crawford and Kitching families, 1918. University of Melbourne Archives, Murielle Crawford collection 1988.0171 box 1

Quand on évoque le thème de la Première Guerre Mondiale c’est habituellement des soldats dont on parle. On oublie souvent que la douleur, l’inquiétude et les traumatismes existaient aussi pour les femmes pendant la guerre, particulièrement pour les sœurs, les mères et les fiancées des soldats qui ont perdu leur vie à cause de la guerre. Dans leurs lettres à leur famille, les soldats décrivaient souvent les conditions de vie sur le front, mais ces informations étaient souvent destinées à réconforter leurs proches et à leur dire qu’ils étaient encore sains et saufs. Pour ce dossier, je me suis concentrée sur plusieurs lettres écrites par un soldat australien et sa sœur qui montrent les émotions qui existaient au moment de la Première Guerre Mondiale. Pour moi, ces lettres personnelles sont très touchantes et captivantes.

Muriel Crawford et Ethel Kitching étaient deux femmes, l’une australienne et l’autre anglaise, qui pendant la Première Guerre Mondiale ont subi la perte d’un soldat dans leur famille. Ce soldat était d’origine anglaise. Il vivait en Australie et était parti en poste en France, il s’appelait Frederick Kitching, frère d’ Ethel et fiancé de Muriel. Pour les deux femmes, la mort de Frederick a été une épreuve terrible. Dans les correspondances d’Ethel, le lecteur observe la manière dont elle gère son chagrin et la façon dont elle console Muriel. Malheureusement nous n’avons pas de correspondances écrites par Muriel à Ethel ou à Frederick, nous devons donc formuler des hypothèses sur la façon dont Muriel a vécu ce moment difficile à travers les réponses d’Ethel et de Frederick avant sa mort.

En lisant les lettres envoyées par Ethel et Frederik, nous apprenons beaucoup sur Muriel et pouvons nous faire une idée de qui était cette jeune femme australienne. Avant la mort de son fiancé, il semble que Muriel envisageait un avenir radieux, et qu’elle espérait déménager en Angleterre avec lui pour rendre visite à sa famille.[i]

Dans les lettres que Frederick a écrites à Muriel, nous voyons que ses témoignages de la guerre sont plutôt positifs parce qu’ils ont pour but de rassurer Muriel. Ses lettres montrent un désir de revenir chez lui et de la retrouver.[ii] Pourtant, il y a aussi les lettres qui montrent la peur, la peur pour sa vie et aussi pour la personne qu’il deviendra quand il reviendra.[iii]

Pensant que la guerre ne finira jamais, Muriel commence à perdre espoir. Mais Frederick la rassure et lui dit que la guerre finira certainement un jour. Dans ses lettres, il lui dit qu’il rêve de leurs retrouvailles, et que ces rêves le rendent heureux quand tout le reste n’est que misère. Juste avant sa mort, Frederick lui avoue que la vie d’un soldat en France est une vie misérable, déclarant qu’il n’y a pas de joie ou de gloire dans la guerre, sauf les rêves du retour.[iv]

Letter from Frederick to Muriel, 1918

Extract of letter from Frederick Kitching to Murielle Crawford, 14 January 1918. University of Melbourne Archives, Murielle Crawford collection 1988.0171 item 1/1 box 1

La correspondance entre Muriel et la famille de Frederick au sujet de sa mort est extrêmement touchante, parce qu’elle représente la façon dont les gens de cette époque ont surmonté leur douleur. Ethel écrit à Muriel après la mort de Frederick en exprimant son chagrin mais elle lui dit que sa mort n’a été pas en vain, car il est mort pour sauver l’humanité. Elle rappelle à Muriel qu’il a été le seul homme de la famille à aller à la guerre et donc, “he did his duty holy and faithfully and we think it was a glorious death.[v] Malgré la mort de Frederick, Muriel est encore aimée de sa famille à lui. Un des frères de Frederick lui dit dans une lettre lui dit qu’il est encore son ami, bien qu’il ne soit plus son futur beau frère.[vi]

Pour Ethel, la mort de Frederick était la volonté de Dieu. Elle dit à Muriel qu’elle ne doit pas trop pleurer, parce que ”God’s way is best and God’s will be done”.[vii] Pour moi, en tant que lectrice du 21ème siècle, il est difficile de comprendre ces mots car de nos jours la plupart des gens croient que la mort des jeunes hommes qui se sont battus dans une guerre est toujours inutile car cela représente la perte d’une vie précieuse. Pourtant, pour la famille de Frederick et peut-être celle de Muriel aussi, sa mort représente le devoir qu’il a rendu à sa patrie. Donc, ces témoignages soulignent le fort patriotisme qui existait au début du 20ème siècle, particulièrement au moment de la guerre.

Quand Frederick est arrivé pour la première fois en France (en 1916) il a voyagé en train de Marseille au Havre, puis il est allé en bateau en Angleterre pour le reste de son entraînement militaire. A ce moment il était moins optimiste sur le résultat de la guerre. Il raconte à Muriel que les femmes en France sont comme des esclaves faisant tout le travail qui est habituellement fait par les hommes. Il remarque aussi qu’il n’y a plus beaucoup de jeunes hommes en France qui ne sont pas au front. Frederick est honnête avec Muriel, disant que “the war is far more serious than even the people in Australia think it is, and it seems to

be a long way off being finished.”[viii]

Report of Frederick's death

Death notice for Fred Kitching, sent to Murielle Crawford, 7 May 1918. University of Melbourne Archives Murielle Crawford collection 1988.0171 item 4/5 box 5

Si nous comparons cette lettre avec celles qui ont été écrites juste avant sa mort, nous voyons son optimisme croitre : il pense qu’il reviendra bientôt. Son espoir est représenté par les remarques comme “I am going to be one of those lucky ones, if they shoot me I wouldn’t die to please them.”[ix] Dans sa dernière lettre il dit à Muriel que son bataillon partira pour les tranchées[x] , et c’est dans ces tranchées qu’il sera blessé mortellement le 6 février 1918. On ne peut qu’imaginer le désarroi de Muriel à la lecture de ces dernières lettres remplies d’espoir pour découvrir quelques semaines plus tard que son amour est mort.

References

[i] Une lettre écrite par Ethel à Muriel – le 16 février 1918

[ii] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 5 septembre 1916

[iii] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 14 janvier 1918

[iv] ibid.

[v] Une lettre écrite par Ethel à Muriel – le 4 avril 1918

[vi] Une lettre écrite par Edith et Percy Kitching à Muriel – le 18 février 1918

[vii] Une lettre écrite par Ethel à Muriel – le 4 avril 1918

[viii] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 9 août 1916

[ix] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 5 septembre 1917.

[x] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le premier janvier 1918

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